Un Belge au championnat du monde de trail. Le récit de Fabian Magnée

Le weekend dernier avait lieu au Portugal les championnats du monde de Trail (86km/4900D+). Deux Belges y défendaient nos couleurs. Parmi eux, le coureur du Team Salomon Belgique, Fabian Magnée. Voici le récit de son aventure qui sent bon l'épique: entre souffrance et états de grâce...
Un Belge aux championnat du monde de trail. Le récit de Fabian Magnée-article-trail-belgique

(Fabian) 2016 trail world championships, Portugal, parc de Peneda-Gerês. Je souhaite que vous ayez la patience de terminer la lecture autant que j'en aie eu pour aller au bout de la course.

D'abords des chiffres:

  • 252 athlètes sélectionnés, 200 finishers.
  • 38 nations représentées.
  • 86kms, 4900mD+/5000mD-.
  • 12h09'06", 97ème homme, 37 dames devant moi. Faites le compte!
  • 8,5/5 de tension artérielle... je ne sais plus à quel moment.
  • 25° à 1500m.
  • 3 langues parlées, 1 balbutiée et l’essai du Portugais!!!
  • 6 dattes au fond du sac
  • 66 kgs à J+2, ouch!

Puis des techniques:

  • chaussures S-Lab Wings.
  • sac S-Lab advanced skis 12l.
  • 2 flasques de 500ml - 1 poche à eau = déshydratation!
  • JULBO venturi verre zébra light 1-3 pour myope.
  • à l'entrainement: des fractionnés en côte, des montées bâtons, des up&down incessants, de l'endurance, de la vitesse, de la natation, du vélo,...mais pas de musculation, pas de piste ni même de trampoline.

Wim BASTIAENS pour le la ligue néerlandophone (VAL) et moi avions reçu le privilège de porter nos couleurs.

Cet honneur devait naturellement et "obligatoirement" nous mener à préparer le rendez-vous du mieux possible. A J-2, au décollage, le coach Dimitri NIEMRY nous mettait en confiance et trouvait déjà les mots justes face à nos responsabilités.

Dim, tu as été un père pour nous, MERCI.

Le "village" athlètes était dispatché en deux endroits, posant quelques problèmes logistiques, sans gravité mais épuisants. Le sanctuaire du Bon Jésus du Mont (Bom Jésus) était notre lieu d'accueil.Tout un programme.

 

 

Anciennement maison de prêtres, notre hôtel regorgeais de petits Jésus et deux chapelles annexaient salle de fitness et piscine. Epique et à priori, rien à craindre!

Comme de coutume, les briefings d'avant-course, les accréditions, le contrôle sanguin dans mon cas et autres cérémonies sont un passage obligé. On y côtoie déjà beaucoup d'athlètes et ces rencontres sont très intéressantes. Au jour J, lever 02h30 pour un départ 05h00! Le fait d'avoir un lieu de départ éloigné du centre d'hébergement (et différent du lieu d'arrivée) impose cet horaire. A nouveau des histoires de navettes dont on se passerait bien. Même sous cette latitude, la température de 28 degrés annoncée est bien anormal pour cette période. Le tricot national sera largement suffisant. Sur la ligne, je côtoie les meilleurs coureurs de la planète trail, affûtés au laser de Dark Vador, épilés à la cire d'abeilles, mais joyeux! Elle était bien présente!

Diego PAZOS, clown de service, à côté d'elle.

 

Départ imminent. Photo: PROZIS

GO! Je me rappelle le championnat 2015 d'Annecy où peu de coureurs étaient derrière moi après 1 ou 2 kms. Bin, ça n'a pas trop changé! 10 ou 80 bornes, peu importe, la vitesse de départ devant est phénoménale. Wim et moi resterons peu de temps ensemble. Sur ce format, mieux vaut adopter son rythme directement. Le profil de course a été étudié mais rien ne vaut la reconnaissance sur terrain, avantage que nous ne pouvions nous permettre. La prudence reste prioritaire. Les 6 premiers kms en côte sont courus, les 5 suivants en descente avec une partie vraiment technique me permettent d'admirer un vol plané de Nathalie MAUCLAIR (sélection française). Ses cris font peur mais c'est sans compter sur cette hargne qu'ont ces nanas face à la douleur ou l'effort à repartir la hache entre les dents. Tim PLEITJE, Pascal VAN NOORDEN et d'autres néerlandais sont avec moi, c'est bon signe. Les bâtons se déplient pour une première ascension en paliers.

Avec Nathalie MAUCLAIR. Photo: PROZIS

En navette, le coach pouvait se rendre à deux bases de ravitaillements sur les trois prévues. 3 autres postes de point d'eau étaient placés à distance plus ou moins égale, pas en temps bien entendu! Ce sera précisément le point sensible de ma défaillance. A suivre plus bas.

Même si les ravitaillements encadrés nous remplissent le bide et les poches, on est jamais trop prudent. D'innombrables facteurs peuvent interférer avec le plan de route élaboré. La première fois que nous verrons le coach après 3h30 de course et 30 bornes, tout va bien. Il nous avait demandé d'arriver à ce premier rendez-vous "frais" car le plus gros morceau du parcours se situait entre le 30ème et 45ème kilomètre.

 

Dimitri, THE coach.

 

Ses paroles nous boostent, le jour se lève, je croise Emelie FORSBERG à l'abandon, mais elle a toujours avec cette banane caractéristique. Allez, on attaque. 15 kilomètres (1300D+/400D-) pour grimper au sommet du parcours (1300m) en deux étapes. Entre les deux, un barrage. De celui-ci, on attaque quasiment un KMV dans la caillasse, sans aucun arbre et sur les arbustes ravagés par le feu. La vue est splendide. Et là je vous demande de compatir: comment vais-je tenir sans eau? Je suis à sec. Mes calculs estiment une montée de minimum 80'. Cette portion sera de plus en plus pénible. Plusieurs concurrents passent, l'entraide n'existe plus à ce moment car beaucoup sont dans le même cas. Plus haut, Maud GOBERT me laissera téter quelques millilitres, MERCI championne. Le sommet est en vue mais je m'abreuve comme je peux entre les touffes de prairie bien tourbeuses ou dans les minces filets d'eau. Mais merde, au nom de qui et pourquoi me suis-je fais avoir? T’es con Fabian. La solution bien sur était de prendre une poche à eau. Wim avait vu juste. Top, sommet. Je reprends mes esprits, me gave d'eau avant de me lancer dans les 9kms de descente vers le ravitaillement du 55ème. Je sentais bien les 6h45' d'effort mais le moral était bon. Pourtant, un indice devait m'interpeller: notre table national de ravitaillement était vide, je cherchais le coach! "Mais qu'est-ce qu'il fou Dimitri! "

Une table par délégation, le luxe non?

Il ne devait tout simplement pas être présent. Oubli, manque de concentration? La queue entre les jambes, je m'oriente alors vers les tables communes. La portion suivante de 9 kms vers la prochaine base devait être anodine au vu du profil. Et pourtant...BAM! En l'espace de quelques minutes, les jambes ne répondent plus, le plat devient côte, je marche, me traîne, m'assois puis me couche. J'arrive à dégainer le téléphone pour signaler à Dimitri mon état. Il me rassure et me demande de patienter, deux heures s'il le faut. Je suis au fond d'un ruisseau et dans le fond du trou! Il reste 2 kms en côte avant la base et je les vois inaccessibles. Un spectateur (averti?) viendra me réveiller et m'amener vers ce point. C'est un chemin de croix (2kms/40'). Là-haut, le service médical est en délicatesse avec les paramètres et me propose de retirer la puce. "Wait, wait a few minutes please". On m'a toujours dit que la santé pouvait revenir, qu'il fallait attendre, le temps qu'il faudra, mais que ça revenait TOUJOURS. Par la confiance qui m'avait été accordée et par le "simple" fait de vouloir vérifier cela, je m'octroyais la force d'annuler la proposition, puisque ce n'était pas un ordre! Wim arrivait à ce moment. Son feeling est bon. Couché, je le regarde à peine repartir.
 

Allez Fa, c'est maintenant ou jamais. Le sac 12 l n'est pas trop large pour absorber les flasques mi-eau mi-cola et le pique-nique préventif. Il reste 22 kms en attaquant d'emblée avec 800m D+ très techniques. Je m'extirpe du ravitaillement en téléphonant à Dimitri pour signaler mon départ. Il est super heureux. Petit à petit, la course redevient possible juste avant les gros pourcentages. Damne, mais c'est pas mal comme tempo mon gaillard! La sueur coule à flot, je reviens sur les concurrents et sur Wim. Je suis de mieux en mieux, la vitesse verticale ne descends plus sous 1000m/h, je dois me freiner!!! Alors le voilà ce moment tant recherché. Comment est-ce possible de passer de rien à tout? Sans rentrer dans les détails médicaux, la déshydratation suite au coup de chaud a engendré une cascade de problèmes. Certains reviennent rapidement à niveau, comme la glycémie, tandis que d'autres, notamment la fonction rénale, mettent plus de temps. Le 800D+ est avalé en 53'. Purée que c'est bon. Rien que pour reproduire cet état je me sacrifierais à nouveau! Avec ce souci, je calcule une perte de temps approximative de 60’. Temps perdu trop important par rapport au rythme initial que j’aurais conservé. Quoique, qu’en pensez-vous les Mathieu et Matthieu (BETRAIL)? Bin oui, et si cet arrêt avait été salvateur! Je culbute en-haut après avoir repris des dizaines de concurrents. Au 73ème (10h45' de course), Dimitri m'attends à bras ouverts, le sourire en banane et les flasques en main. Il profite aussi de l’occasion pour voir comment ça se passe dans les clans adverses et c’est parfois surprenant mais toujours très pro.

Je suis en transe avant d'enchainer les derniers 13 kms. A la sortie immédiate de la zone de ravitaillement, je franchis le contrôle matériel en gardant toute ma concentration. Cette dernière portion soi-disant toute en descente me consumera à petit feu jusqu'aux dernières foulées sur le tapis rouge d'arrivée. Impossible de cacher sa joie.

Le retour de manivelles ne se fera pas attendre. Quelques minutes suffiront pour que le service médical, tout à ma cause, me propose tensiomètre, pulse-oxymètre, etc, etc... Classique quoi. L'après-course sera extrêmement pénible. Peu de détails sur ce point ni même sur une soirée festive avortée à défaut d'être arrosée.

Le prix à payer? Santé en danger? Non, je ne pense pas. Outre le fait d'approfondir mon expérience (ce n'est que mon 4ème ultra trail), je me devais de poursuivre l'aventure belge. Le privilège accordé pour la participation à ces championnats le méritait. Ici, on délivre plus que le maximum, sinon rien. Les regrets restent au placards. Ou peut-être un, celui de ne pas avoir trempé les pied dans l’eau “bénite” du bassin de l’hôtel!

De ces mondiaux, outre la grandeur de la manifestation, je reste en admiration devant les incroyables facultés et qualités physiques des athlètes. Je suis subjugué par la hargne, la détermination et les performances des femmes. Cette nouvelle qualification fut à nouveau marquée par les excellentes qualités humaines du groupe. Dimitri est dur mais Dimitri est juste. Wim a tout donné.

Les prochains championnats sont déjà prévus au calendrier 2017. Le format sera mixte, soit 50kms, et se dérouleront en Italie. La fédération nationale met tout en œuvre afin de reproduire l'expérience et créer une réelle dynamique. Je ne pourrais certainement pas en être de tous les coups mais ces deux premières aventures resteront gravées. Avec SALOMON ou bonduelle, peu importe, je tenterai ma chance.

Je n’ai plus qu’un conseil: allez, au boulot, le travail en vaut la peine!